Retour sur une période qui a charrié son lot d'illusions et de frustrations dans l'espoir d'une révolution. Dans La vie brûle, le narrateur se rend là où la vie prend vie, un pays pauvre où il se passe des choses. Direction Alexandrie en Égypte. Nous sommes en 2011. A peine arrivé, le narrateur voit les voisins du Maghreb qui s'embrasent. La Tunisie de Ben Ali se soulève, début d'une vague qui déferle sur l'ensemble de la région. Le début du Printemps arabe. Terres pyromanes ou plutôt dictateurs pareils à des bidons de kérosène qui s'ignorent, il se passe quelque chose là-bas et dans les rêves les plus fous des populations, portées par un élan et un désir de table rase, l'espoir de lieux plus démocratiques et libérés.
L'ami poète et accessoirement téléspectateur Guy Benoit m'écrit, il évoque "le gag de la semaine" : "l'inénarrable B.H.L. venu promouvoir sa trombine parmi les manifestants de la place Tahrir, avec, en pendeloque, son "universel démocratique". (...) J'ai pris le temps de faire une série de photos de cette oasis nouvelle où frayaient des manants pittoresques. Tout paraissait bon enfant. D'un coup, l'air a changé. J'ai senti et vu la panique électriser tout ce monde en un clin d’œil.
Le présent est analysé à la lumière des séjours passés par l'auteur dans le pays, à l'incandescence de ces corps. Car entendons-nous bien, des individus se sacrifient —Mohamed Bouazizi, mis en parallèle de Jan Palach, des individus meurent pour le futur de leur pays et d'autres meurent, plus près de vous, parce qu'ils étaient des amis. Des sacrifices et des morts qui rappellent combien être libre à un prix, à quel point tout ce qui est (durement) acquis est fragile. Moins un roman qu'un documentaire ou un journal, La vie brûle donne à voir un moment charnière de l'intérieur au fil d'anecdotes, de réflexions personnelles, de rencontres plus ou moins insolites et touchantes, avec humour aussi, le présent en mouvement d'un pays en transition. On pourrait faire le bilan de ce Printemps arabe, dix ans plus tard, mais ce n'est pas le propos de ce livre qui préfère insister sur le sentiment de révolte et ce qu'il porte d'espoir et de changement. L'urgence de l'événement, tout simplement. Un récit instructif et érudit.
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